Le 8 septembre est une date religieuse d’une importance particulière en Corse. L’île célèbre la nativité de la Vierge et en ce jour les écoles sont fermées. Dans plusieurs lieux, l’image de la Vierge est honorée: à Pancheraccia, dans le couvent de l’Alesani (la Vierge avec le tableau de la cerise de l’École Siena du XIVe siècle), à Loreto di Casinca, à Bastia. Mais les sanctuaires qui accueillent le plus grand nombre de pèlerins sont sans doute A Santa dans Casamaccioli, dans le Niolo, et la Madone des Grâces à Lavasina, au début du Cap Corse.
A Santa est installée au cœur des montagnes corses, dans un village qui conserve encore la tradition de la granitula pratiquée le 8 septembre. Là se tient une foire ancienne, et si le bétail a disparu pour laisser place aux activités récréatives et aux jeux de notre temps, cela demeure un grand succès pendant trois jours.
Sur les bords de la Tyrrhénienne, à quelques kilomètres de Bastia, le sanctuaire de Lavasina, datant du XVIIe siècle, veille sur les marins et les voyageurs. C’est ici qu’est née “le Lourdes Corse“, après le miracle d’une pieuse tertiaire franciscaine handicapée en 1675, guérie de ses faiblesses par l’onction de l’huile de la lampe qui brûlait devant le tableau de la Vierge dans une petite chapelle située près de la mer. Sœur Marie, venue de Bonifacio, s’était arrêtée à Lavasina lors de son voyage vers Gênes, où elle devait soigner ses handicaps qui rendaient ses mouvements douloureux et difficiles. Une tempête la força à s’arrêter dans cette petite marine du Cap Corse. Elle méditait dans la petite chapelle bâtie par la famille Danese du village voisin de Poretto, marchands de vins qui avaient reçu de leurs débiteurs romains temporairement insolvables un tableau représentant une Vierge avec l’Enfant, en échange de leur dette. Lors de la confection du tableau, les Danese découvrirent que la somme était due; ils considérèrent cela comme un miracle et exposèrent le tableau dans leur chapelle à Lavasina afin qu’il soit honoré. Le miracle de Sœur Marie se diffusa dans toute la Corse et des foules commencèrent à affluer vers Lavasina. Pour donner au tableau de la Vierge un endroit plus digne, Monseigneur Giustiniani, évêque de Mariana, ordonna la construction d’une église. Le sanctuaire actuel fut consacré le 7 septembre 1675 et le tableau se trouve désormais au-dessus de l’imposant autel majeur. Depuis lors, les fidèles de toute la Corse, chaque 7 et 8 septembre, se dirigent vers Lavasina, souvent à pied depuis Bastia.
Des milliers de fidèles

La soirée du 7 septembre, la procession aux flambeaux réunit plusieurs milliers de personnes autour du cardinal Bustillo, évêque de Corse (on parlait de plus de 3000). La lourde statue de Notre-Dame de Lavasina fut portée en procession jusqu’à la plage, puis hissée tournée vers la mer pour la bénir. La statue fut à nouveau portée en procession, suivie par de nombreux pèlerins le 8 septembre dans l’après-midi. Pendant tout le mois de septembre, chaque pievi de Corse effectuera un pèlerinage vers Lavasina: le sud, le Nebbio, la Casinca, la Castagniccia, etc. Bastia conclura ce cycle à la fin du mois. Lors de son homélie, le cardinal Bustillo annonça que, grâce au legs du Père Valery, fils de Lavasina récemment décédé, la façade du couvent du sanctuaire sera restaurée. Le couvent de Lavasina fut pendant plusieurs siècles administré par les frères capucins, qui devraient désormais être remplacés par des frères mexicains.
La couronne de l’archevêque Roncalli

Le 8 mai 1952, plus de 20 000 personnes participèrent à l’intronisation du tableau Miraculeux sur la place Saint-Nicolas, à Bastia, en présence du nonce apostolique en France, Monseigneur Angelo Roncalli, chargé par Pie XII et qui, quelques années plus tard, fut élu pape sous le nom de Jean XXIII. Cette cérémonie grandiose réunit toutes les autorités religieuses et civiles de la Corse et du sud-est de la France. Un navire de guerre envoyé par le Ministre de la Marine, le contre-amiral Jacques Gavini, escorta le tableau Miraculeux avec les barques des pêcheurs venus de Lavasina. Lorsqu’il arriva au pied de la place Saint-Nicolas, ce furent les camalli qui l’emportèrent au lieu de l’intronisation réalisée par l’évêque de Corse, monseigneur Llosa.

Un événement qui souligne l’importance d’A Madonna di Lavasina, dont le sanctuaire est flanqué d’ex-voto, notamment de marins, en signe de gratitude pour les grâces obtenues. Cette année encore les célébrations d’A Santa di u Niolo et d’A Madonna di Lavasina furent un moment privilégié de piété populaire des Corses. Situées au cœur des montagnes corses et sur les rives de la Méditerranée, les images de la Vierge constituent en quelque sorte une rencontre de la religiosité des Corses portée par les traditions pastorales et maritimes qui ont forgé la culture de l’île.
Petru Luigi Alessandri