Mulattières de pasteurs, routes militaires en quota et anciens itinéraires commerciaux : la Valle Tanaro et la Valle Pesio offrent des traversées sur plusieurs jours, des refuges accueillants et des villages médiévaux. C’est un coin des Alpes de Cuneo à explorer tranquillement, en toute saison
19 septembre 2026 – 15:25
Des salais et des produits agricoles circulaient le long de routes, sentiers et mulattières empruntés aussi par des bergers, des pèlerins et des voyageurs, jusqu’à transformer ces montagnes en un véritable carrefour.
Aujourd’hui, en partie délaissées, ces mêmes voies sont devenues un vaste patrimoine de routes blanches à vivre à pas lent. Deux vallées des Alpes de Cuneo en gardent l’âme : la Vallée Tanaro et la Vallée Pesio.
Valle Tanaro, un charme introverti entre le Piémont et la Ligurie
Encastrée entre les Alpes de Cuneo qui se fondent dans la Ligurie et son littoral, la Valle Tanaro n’est pas seulement un couloir de passage entre la Riviera dei Fiori et la Plaine du Pô. C’est une terre variée, où nature, histoire et culture se superposent sans rupture.
Ici, l’histoire alpine se lit à ciel ouvert. La biodiversité botanique se cache dans les replis d’un paysage hétérogène, marqué par trois Sites d’Importanza Comunitaria et par un vaste karst.
Garessio et Ormea, deux bourgs à traverser avec lenteur
Le patrimoine culturel de la vallée offre deux étapes incontournables.
Garessio est inscrit parmi les Borghi più Belli d’Italia grâce à un noyau historique d’origine médiévale qui continue d’enchanter et de dérouter.
Valle Tanaro – Ormea – Archives photographiques ATL du Cuneese (3)
Ormea, en revanche, est construite selon un plan en forme de cœur. Ses ruelles, serrées les unes contre les autres, embaument déjà l’arrière-pays ligurien.
La Haute Via du Sel et la Balconade d’Ormea
La meilleure façon d’apprécier la vallée est d’emprunter son dense réseau de sentiers, routes militaires en altitude et traversées.
On commence par l’Alta Via del Sale, conçue pour les vélos et les randonneurs mais praticable, avec autorisation, même par les véhicules motorisés.

C’est une route blanche qui traverse des paysages lunaires chargés d’histoire, suivant la frontière éphémère entre l’Italie et la France, entre le Piémont et la Ligurie.
Il existe ensuite la Balconade d’Ormea, environ quarante kilomètres derrière le village le long de chemins de halage et de mulattières, à des altitudes comprises entre 850 et 1 500 mètres.
Des dénivelés abordables, des étapes personnalisables et deux refuges accueillants en font un itinéraire adapté à tous.
Au fil du chemin, on rencontre des bourgs abandonnés, des châtaigneraies centenaires, des statues votives, des alpages et des lacs cachés.
Du Giro del Marguareis à l’Alto Tanaro Tour
Pour ceux qui recherchent une expérience sur plusieurs jours, le choix est vaste.
Le Giro del Marguareis est une immersion de cinq jours au cœur de la Zone Protégée éponyme: il lie symboliquement la Valle Tanaro aux vallées Pesio et Ellero, avec le soutien de cinq refuges gérés.


L’Alto Tanaro Tour est quant à lui la randonnée de vallée la plus longue, la plus dure et la plus spectaculaire des Alpes du Sud: 135 kilomètres, 8 000 mètres de dénivelé et neuf étapes de marche et de merveille.
Complètent le tableau l’Alta Via dei Monti Liguri, qui frôle la vallée près du Rifugio Pian dell’Arma, et la Grande Traversata delle Alpi, qui débute précisément depuis la commune d’Ormea.
La cuisine blanche des pasteurs transhumants
Même à table, on ressent l’étreinte entre Ligurie et Piémont.
Beaucoup de spécialités locales évoquent ce que l’on appelle la « cuisine blanche » des pasteurs transhumants, faite de produits laitiers, pommes de terre, poireaux, navets, céréales et ail.
Le plat à ne pas manquer est la polenta saracène accompagnée de crème, de champignons séchés et de poireaux.
Valle Pesio, un petit joyau qui respire la nature
À première vue, c’est une anse orographique quasi négligeable.
Depuis les marges de la plaine piémontaise, cependant, la Valle Pesio s’enfonce dans l’âme la plus sauvage des Alpes Liguriennes, effleure l’imposant massif de la Bisalta et s’élève jusqu’aux 2 651 mètres du Punta Marguareis.
La vallée surprend par ses mélodies naturelles, qui se font entendre dès les altitudes les plus modestes.
Forêts, pâturages et rochers se mêlent aux traces laissées par l’homme au cours des siècles passés.
Du Castello Mirabello à la Certosa di Pesio
On passe des ruines panoramiques du Château Mirabello aux reconstructions récentes de l’Archeoparc de la Roccarina, en traversant d’anciennes bourgs accrochés aux versants de la vallée moyenne.
Ce sont les traces d’une civilisation rurale héroïque, mais respectueuse de l’environnement.
Il n’est pas étonnant que la Valle Pesio abrite l’une des zones protégées les plus anciennes du Piémont, grâce à une biodiversité botanique peu égale dans tout l’arc alpin italien.

Plusieurs sentiers s’enfoncent dans le souffle délicat de l’ex Parc naturel du Marguareis, déployé en éventail derrière la Certosa di Pesio.
Fondée en 1173 et élargie surtout entre le XVIe et le XVIIe siècle, la Chartreuse a connu plusieurs remaniements, mais conserve aujourd’hui une empreinte spirituelle intense et captivante.
Le Giro del Marguareis et les randonnées plus brèves
Parmi les propositions les plus séduisantes revient le célèbre Giro del Marguareis: cinq jours au cœur des paysages karstiques de la haute vallée, avec l’appui du Rifugio di Pian delle Gorre, du Rifugio Garelli, du Rifugio Mondovì, du Rifugio Mongioie et du Rifugio Don Barbera.
Ne manquent pas des randonnées plus courtes mais tout aussi suggestives : vers le remarquable Pis del Pesio et les Cascatas del Saut, ou vers l’Observatoire faunistique des Canavere.


À ne pas oublier aussi, le Sentiero Naturalistico autoguidato, équipé de panneaux explicatifs, qui relie la Certosa à Pian delle Gorre.
La Via del Duca et le Sentier des Borgate
C’est précisément depuis Pian delle Gorre que démarre la réaménagée Via del Duca, qui rejoint le Colle del Prel le long de l’ancien chemin 194, construite à partir de 1940 par l’Intendance de Cuneo.
Aujourd’hui, c’est un passage obligé pour les amateurs de deux roues et il permet de se connecter à l’arpentée Alta Via del Sale, très fréquentée.
Pour vivre la basse Valle Pesio aussi en automne ou au printemps, le Sentiero delle Borgate est fortement recommandé.
Il s’éparpille sur environ quinze kilomètres sur le versant droit hydrographique, longeant des dizaines de fractions et traversant des coins paysagers d’un niveau absolu.
Dove il passo lento ritrova la memoria
Marcher dans ces vallées, c’est revivre, pas après pas, les traces de ceux qui les ont traversées par nécessité: marchands, bergers, pèlerins.
Les voies du sel ne transportent plus de marchandises, mais continuent de relier des mondes différents, la montagne et la mer, le Piémont et la Ligurie.
Et c’est peut-être là leur don le plus précieux: nous rappeler que la lenteur, ici, n’est pas une mode mais une manière ancienne d’habiter le territoire.