Massif Taburno-Camposauro et vallée de Telesina : trésors oubliés

11 août 2026

La zone la moins peuplée de la Campanie abrite des forêts séculaires, des villages historiques et un tronçon de la Via Francigena. Pourquoi tant de beauté demeure-t-elle inexploité ? Les voix du territoire racontent un tourisme lent encore à construire

Parlons de la zone la moins peuplée de la Campanie, dotée d’un paysage spectaculaire, de bourgs historiques et de raffinées spécialités œnogastronomiques : et pourtant le succès qu’obtient l’Ombrie ne se réalise pas ici.

L’idée obsessionnelle que, dans une région aux magnifiques littoraux, il n’y ait pas d’avenir pour les zones intérieures, paralyse tout.

L’économie locale ne crée pas d’emplois et il manque des initiatives de communication capables de promouvoir le territoire.

Le nœud du Sannio selon Felice Casucci

« Je l’ai dit et répété quand j’étais conseiller », explique le professeur Felice Casucci, déjà conseiller au Tourisme de la Région Campanie, juriste éminent et président de la prestigieuse Fondation Gerardino Romano de Telese Terme :

« Le Sannio dispose d’une grande ressource (qui ne lui appartient pas), le bien UNESCO du Palais de Caserte et, surtout, de l’Acquedotto Carolino, qui prenait (et prend encore) historiquement ses eaux des sources sannites (celles du Fizzo sur le Monte Taburno). »

« Cette circonstance, qui a des retombées et des potentialités aussi sur les itinéraires naturalistes, n’a jamais été véritablement corrélée au Sannio (on pense au cyclotourisme), malgré le fait que l’Acquedotto Carolino fût une porte d’accès à la Vallée Telesina. On a préféré chercher des récits de développement centrés sur Benevento, qui d’ailleurs valorise peu son bien UNESCO, l’église Santa Sofia » a ajouté Casucci.

« De cette manière, d’importantes opportunités de financement ont été perdues et au Sannio aucune décision stratégique liée aux lieux n’a été prise, alors que ces lieux possèdent des capacités inédites d’offre touristique (pensez à l’ancienne Telesia). Les nouveaux axes de développement durable ne se déduisent pas seulement des destinations territoriales envisagées individuellement, mais de ce que j’appelle le « tourisme de direction », c’est-à-dire un tourisme stratégique fondé sur une choix de champ entre immersion, vision et empathie (dans le sens rogerien du terme) » a conclu le professeur Felice Casucci.

Le patrimoine naturel comme or vert

Mais il existe des signaux positifs.

Nicola Ciervo, nouvel élu municipal de Sant’Agata de’ Got et fin humaniste, déclare fièrement :

« Le patrimoine naturel est la richesse la plus tangible que nous possédions. Promouvoir l’environnement signifie construire, sans le figer, un nouvel équilibre dans lequel l’homme vit la Nature avec un profond respect. Défendre et mettre en valeur cet or vert est un acte de civilisation avant même qu’il ne s’agisse de durabilité. »

Promouvoir l’environnement : la formule magique.

Le massif du Taburno-Camposauro est un paradis de forêts séculaires, une mine de biodiversité traversée par la légendaire Via Francigena. Et autour, rivières, russolets, petits lacs. Mais malheureusement, peu est entretenu, organisé, accessible.

Si ailleurs la Via Francigena attire des dizaines de milliers de touristes chaque année, avec un énorme effet économique, ici elle est perçue comme un attracteur de niche.

Non pas un tourisme, mais mille touristismes

Et pourtant « aujourd’hui il n’existe pas le tourisme, mais les touristismes », affirme le président de Federturismo, Massimo Caputi.

Et le tourisme de plein air peut se décliner de mille façons. Voies des vins (et de la bière, qui ici s’allie à la pomme annurca, ou à l’huile), trekking, trail running, oenotourisme à vélo, la cueillette (foraging) et des ateliers de cuisine ou d’apiculture, ippovie, écocamping, forest bathing, orientering, canoë-kayak…

Mais il faut une vision d’ensemble, pas des micro-projets locaux.

La base éthique: respect des animaux et du territoire

Le tourisme durable suppose aussi une base éthique : « L’abandon des animaux, surtout en été, est une tragédie », tonne l’honorable Francesco Emilio Borrelli :

« Il y a ceux qui adoptent un chien comme s’il s’agissait d’un jouet, puis l’abandonnent. Dans le territoire sannite ce phénomène est répandu car, étant vaste et peu peuplé, il est plus facile de ne pas être découvert en commettant un geste infâme et lâche comme l’abandon ou la maltraitance d’un animal. Malgré les promesses, le Gouvernement n’a rien fait, et le problème va s’amplifier. Un grand bravo aux bénévoles qui œuvrent sans relâche, pendant que d’autres se dérobent. »

À propos des bénévoles, Anthea Fusco, militante pour les droits des animaux, rappelle :

« La culture du bien-être animal et la protection du territoire vont de pair, mais malgré quelques signaux positifs, comme l’ordonnance de la maire de Sant’Agata de’ Goti en défense des droits des animaux de compagnie, nous luttons encore contre la honte des abandons et des chiens en chaîne. L’éducation au respect des animaux devrait commencer dès l’école. Et ce serait merveilleux de créer des itinéraires de dog-trekking. »

La ligne ferrée et les services qui manquent

Une révolution pour l’ensemble de la zone pourrait toutefois venir de la nouvelle ligne ferroviaire, à Grande Vitesse et à Grande Capacité. Un ouvrage qui a le devoir de se racheter face à l’impact environnemental élevé, en devenant un moteur de croissance.

Le maire de Dugenta, Clemente Di Cerbo, est en première ligne comme porte-drapeau d’un réseau de communes pour exiger la réalisation du raccordement direct avec la gare d’Afragola : pour cette terre, ce serait le tir au but qui rouvrirait le match.

L’économie bénéficierait d’un élan énorme, en favorisant la remise en service des services essentiels : un véritable hôpital, par exemple, puisque celui de Sant’Agata possède un service des urgences qui ferme à 18h comme une Poste.

Un chef-d’œuvre encore à découvrir

Dorian Dakhlia, urbaniste parisien qui se définit comme explorateur de la contemporanéité, m’a confié :

« J’ai traversé à pied le Taburno, en suivant des sentiers splendides qui s’enfoncent dans les bois, mais ce n’était pas facile, car la signalisation est imprécise. Je me suis même retrouvé face à un sanglier, et je ne saurais dire qui fut le plus surpris… »

Sans vision et planification, cette terre restera un chef-d’œuvre inachevé : aussi extraordinaire à découvrir qu’elle est douloureusement à abandonner pour les jeunes obligés d’aller chercher fortune ailleurs.

 

 

 

Livia Santoni

Livia Santoni

Je parcours la Corse pour raconter ses sentiers, ses villages et les histoires qui façonnent son identité. À travers mes articles, je cherche à transmettre un regard curieux et respectueux sur le patrimoine, la nature et celles et ceux qui font vivre l’île.