Tous dans les mêmes lieux : pourquoi l’overtourisme n’est qu’une erreur de récit

7 octobre 2026

Ticket au Seceda, réservations à Braies et au Tovel, une ZTL en vue au Passo Gardena: l’été 2026 a révélé les limites des destinations dolomitiques les plus photographiées. Et pourtant, les chiffres racontent une Italie où le tourisme se concentre en quelques lieux

L’été 2026 a également vu plusieurs localités des Dolomites prises d’assaut.

Des files sur les sentiers, des parkings et des transports publics saturés, de nombreux incidents en montagne. Ce sont les signes d’un succès dont le tourisme outdoor est le protagoniste depuis des années, mais qui dans les vallées dolomitiques a montré son revers.

Le problème, toutefois, pourrait ne pas être le sur-tourisme.

Durant les mois d’été, les vallées alpines du Trentin, de l’Alto Adige et de la Veneto ont accueilli des milliers de visiteurs. Les opérateurs ont eu de quoi sourire.

Bien moins abondé par ceux qui fréquentent ces montagnes depuis toujours et qui se retrouvent à devoir faire face à la surfréquentation : des files sur les routes, sur les sentiers, aux arrêts de bus.

Seceda, Braies, Tovel : les contre-mesures de l’été 2026

Depuis plusieurs années, au moins depuis 2022, le nombre de touristes dans les vallées dolomitiques ne cesse d’augmenter. Pour cette raison, les administrations locales ont essayé de mettre en place des contre-mesures.

En Val Gardena, sur le sentier panoramique du Seceda, après le tourniquet à 5 euros installé en 2025 par les propriétaires des pâturages et retiré après deux jours, un poste de caisse faisant payer le même tarif est apparu cet été.

La Province de Bolzano avait annoncé des créneaux horaires disponibles en ligne pour limiter les accès. Cet outil est aussi éthiquement discutable, car l’environnement montagnard devrait rester accessible à tous.

Les parkings des cols Sella, Pordoi et Gardena ne résistent pas au flux automobile: en été, ils se remplissent dès les premières heures du matin, avec de longues files sur les rampes menant aux cols.

La Province de Bolzano travaille à une ZTL sur le Passo Gardena : 150 places de parking par jour disponibles à la réservation en ligne payante, avec des limitations de mai à octobre à partir de 2027 et des simulations lancées à partir de septembre 2026.

Le Lac de Braies, en Alto Adige, l’un des lieux les plus photographiés, partagés et visités de tout l’arc alpin, du 1er juillet au 15 septembre n’est accessible en voiture entre 9h et 16h que sur réservation en ligne obligatoire. L’accès reste libre pour ceux qui arrivent à pied ou à vélo.

Au Lac de Tovel, dans le Trentin, le stationnement et la navette se réservent en ligne. Les accès sont contrôlés et, lorsque les places dans la vallée viennent à manquer, la circulation est détournée vers des zones de stationnement externes desservies par des navettes dédiées.

Strade chiuse e navette: il nodo del trasporto pubblico

Diverses vallées ont lié l’accès des voitures à la disponibilité de places, avec des réservations et des fermetures de routes à certaines tranches horaires.

En Trentin, cela s’est produit en Vallesinella et en Val Genova, tandis que la Val San Nicolò et la Val Monzoni sont fermées à la circulation privée et desservies par des navettes.

En Alto Adige, l’Alpe di Siusi limite depuis des années la montée en voiture, et depuis 2026 elle rend obligatoire la réservation des parkings.

Ces systèmes ont le mérite d’alléger le trafic sur les routes de montagne mais, en même temps, constituent une contrainte qui risque de privilégier certains au détriment de beaucoup.

Le deuxième problème est ensuite que les transports publics locaux ne parviennent pas à satisfaire la demande d’accès à ces vallées.

En juillet et août, de longues files se forment pour accéder aux moyens publics, avec des désagréments surtout pour les personnes les plus fragiles.

Dans la presse locale, de nombreuses photos ont circulé montrant des personnes âgées et des enfants, contraintes d’attendre des heures au soleil pour obtenir une place dans les bus.

Le beignet viral et la tempête parfaite des réseaux sociaux

Un autre cas très discuté durant l’été a été celui des dizaines de personnes en file pour acheter un beignet dans un refuge.

Des dizaines de randonneurs en file pour s’emparer d’un doux du refuge Friedrich August, sur le Col Rodella, dans la zone du Passo Sella.

La raison ? Les vidéos de ces beignets sont devenues virales sur Instagram, poussant des milliers de personnes vers le “refuge du moment”.

Les réseaux sociaux jouent un rôle central dans chaque stratégie marketing et font souvent grimper en flèche la popularité d’un lieu, le transformant en destination “à ne pas manquer”.

Ce n’est pas la première fois. De nombreuses destinations de montagne et de mer figurent parmi les plus publiées sur les réseaux sociaux, avec pour conséquence de devoir gérer des flux de touristes difficiles à maîtriser.

Cela s’est produit au Lac de Braies, aux Tre Cime di Lavaredo, dans les refuges de la Val Gardena. En regardant le reste de l’Italie, c’est pareil chaque année aux Cinque Terre ou dans les villages de Puglia et de Sicile.

Une destination devient virale et, en quelques mois, est assaillie par des touristes du monde entier.

Dal successo alla denuncia: un copione che si ripete

Les conséquences se ressemblent partout. À la fin de la saison, on dispose des chiffres de la présence, du taux d’occupation des hôtels et des structures d’accueil, des données qui désignent le succès d’une destination.

Viennent ensuite les communiqués des organismes du tourisme et des départements qui célèbrent la promotion et la reconnaissance internationale obtenues par la localité “x” ou “z”.

Cet élan de communication, souvent suivi par de nouvelles campagnes qui surfent sur le moment positif, entraîne d’autres touristes lors des saisons suivantes.

Pendant les deux premières années, tout va bien. Puis, à côté des images clinquantes et des posts émotifs des voyageurs, apparaissent les files interminables sur les sentiers, les parkings pris d’assaut, les touristes peu respectueux de l’environnement. Et le ton change.

Les communes et les organismes commencent à dénoncer le sur-tourisme et à tester des solutions qui fonctionnent rarement. Ou qui, presque toujours, finissent par protéger ceux qui peuvent dépenser davantage, au détriment de ceux qui aimeraient partir en vacances sans hypothéquer leur maison.

Pour être clair, tout est compréhensible: la nécessité de promouvoir le tourisme et l’obligation de limiter ses effets négatifs lorsque certains seuils sont dépassés.

La solution, toutefois, pourrait être différente de celle qui a été cherchée jusqu’à présent.

Il n’existe pas le sur-tourisme, seulement une communication mal orientée

Il suffit d’élargir l’angle du marketing pour inverser la tendance. Il n’y a pas que la Val Gardena, mais aussi la Valle dei Mòcheni.

Il n’y a pas que les Dolomites, mais aussi les Alpes Maritimes. L’été en montagne est idéal pour profiter de la fraîcheur, mais c’est peut-être en automne que l’on vit des atmosphères vraiment uniques.

Les données sur la concentration des touristes en Italie disent une chose évidente: la grande majorité se concentre dans une petite partie du territoire.

Selon l’ISTAT, en 2024 les 50 premières communes italiennes ont accueilli 42,3 % de tous les nuités.

Il n’est donc pas vrai que l’Italie soit submergée chaque été par le tourisme de masse. Il serait plus juste de dire que nous allons tous vers les mêmes lieux, alors que le pays regorge d’autres richesses à offrir.

Les alternatives aux destinations virales

En Ligurie il n’y a pas que les Cinque Terre: certaines étapes de l’Alta Via des Monti Liguri offrent des panoramas sur la mer similaires à ceux que l’on verrait depuis la fenêtre d’un avion descendant vers Gênes.

Les Dolomites du Trentin-Haut-Adige sont magnifiques, mais les Dolomiti Friulane cachent aussi des vallées et des villages de grande beauté, où vivre la nature, les saveurs et les traditions montagnardes de manière authentique.

La Via Francigena en Toscane est l’un des chemins les plus fascinants d’Europe, mais ne sont pas moins le Chemin de Saint François, le Chemin d’Oropa ou le Chemin Minier de Sainte-Barbe en Sardaigne.

Souvent il suffit de tourner le regard de quelques kilomètres par rapport aux destinations virales pour trouver des joyaux de la nature où il n’y a ni files d’attente ni même une chambre libre pour une nuit.

La responsabilité n’est pas imputable aux voyageurs, mais à ceux qui planifient le marketing et la promotion des régions italiennes. Il faudrait équilibrer mieux les investissements, pour donner de la visibilité et raconter aussi les localités moins connues.

Les mesures efficaces contre le sur-tourisme ne sont pas les tourniquets ou les quotas, mais un récit plus large du territoire.

Car la montagne italienne n’est pas trop fréquentée: c’est nous qui fréquentons toujours les mêmes destinations.

Un récit corélé de l’Italie et de ses merveilles

Construire le récit d’un territoire ne signifie pas seulement prendre des photos spectaculaires ou des vidéos émotionnelles à utiliser pour planifier des campagnes sur les médias numériques et traditionnels.

Chaque territoire abrite des histoires et des traditions qui le rendent unique, au-delà des lieux les plus renommés il existe des vallées, des villages et des campagnes qui n’attendent que d’être découverts par les amateurs de tourisme lent et durable.

Les offices de tourisme, les régions et le ministère devraient commencer à gérer le marketing touristique de manière coordonnée et structurée, cherchant à développer une narration du territoire italien qui soit comme un roman: chaque chapitre un territoire, avec une attention accrue pour ceux moins connus.

Les touristes étrangers et italiens, selon une étude de Skyscanner, déclarent préférer la découverte de nouvelles destinations et d’endroits moins fréquentés.

Ce chiffre, confirmé par d’autres recherches, ne fait que confirmer le potentiel de stratégies de promotion touristique qui savent raconter des lieux moins connus mais tout aussi fascinants du pays.

La chronologie raconte des vallées dolomitiques prises d’assaut, des sentiers à nombre limité et des files d’attente dans les refuges. Tout cela est vrai et réellement arrivé durant les derniers étés.

Le message qui ne doit toutefois pas passer est que l’Italie soit au bord de l’effondrement sous le poids d’un tourisme désormais insoutenable. Ce n’est qu’un pourcentage minime de zones qui est au bord du collapse, tandis que l’immense majorité du territoire est prête à accueillir les passionnés.

Il suffit d’une stratégie qui élargit l’objectif de la communication et qui, parfois, change d’angle, afin de permettre une connaissance plus large du pays.

Ainsi, probablement, dans quelques années, on ne parlerait plus de sur-tourisme mais simplement de tourisme durable.

 

 

Livia Santoni

Livia Santoni

Je parcours la Corse pour raconter ses sentiers, ses villages et les histoires qui façonnent son identité. À travers mes articles, je cherche à transmettre un regard curieux et respectueux sur le patrimoine, la nature et celles et ceux qui font vivre l’île.