Le Gran Paradiso, seul quatuor-mille entièrement italien, est bien plus qu’un sommet : c’est un massif de vallons sauvages, de glaciers élégants et d’une faune d’altitude. Deux itinéraires, le refuge Federico Chabod et les cabanes de l’Herbetet, en racontent l’âme la plus authentique
Il abrite des environnements d’une douceur inattendue à côté de lieux d’une rudesse émouvante, peuplés d’une faune peu commune.
Le Gran Paradiso, seul sommet de quatre mille mètres entièrement situé en Italie, est sans doute le désir secret de nombreux passionnés de montagne: le déclencheur de cette passion réside dans l’altitude, associée à la conviction qu’on peut atteindre le sommet bien plus facilement que sur d’autres sommets glaciaires.
En réalité, ce n’est pas tout à fait le cas : la Pyramide Vincent et le Breithorn occidental sont certainement plus accessibles, tant pour les dénivelés à franchir que parce qu’ils offrent une voie normale plus facile.
Pour atteindre la Madonnina au sommet, il faut en effet franchir des tronçons de glacier raides et un passage court mais glaçant, enjambant le glacier de Tribolazione, à environ sept cents mètres plus bas.
Si l’on souhaite ensuite toucher la véritable cime à l’altitude de 4061 mètres, située un peu plus au nord, il faut parcourir un tronçon de la crête sommitale, assez exposé.
Deux versants, deux caractères
Les vallées environnantes, situées dans le Parc national du Gran Paradiso, attirent de nombreux randonneurs grâce à un territoire riche en paysages de grande suggestion, peuplés d’une faune peu commune.
Le versant valdôtain se caractérise par la présence de sommets élégants, entourés de glaciers changeants, un élément marquant : à cet égard on peut rappeler « l’ardue Grivola bella », pour citer Giosuè Carducci, une splendide pyramide à deux faces, incrustée de glace sur le versant nord, qui présente des strates de roche multicolores sur le versant le plus ensoleillé.

Autrement élégants, bien que moins spectaculaires, sont le voisin Grand Nomenon et le plus lointain Herbetet, eux aussi au profil pyramidal. Curieusement, la forme en cône du Ciarforon n’est plus aussi impressionnante aujourd’hui qu’il y a quelques années, en raison de la forte diminution de sa calotte glaciaire.
Les vallées du versant piémontais possèdent quant à elles, dans leur authenticité, leur aspect sauvage et leur inaccessibilité, leurs particularités propres : les vallons de la val Soana et de la partie gauche hydrographique de la val Locana serpentent des sentiers peu fréquentés et regorgent de traces d’une culture alpine désormais dépassée par le progrès.

Un exemple en est l’ancienne bourgade de Maison au-dessus de Noasca, où l’on peut encore visiter une vieille école d’antan, ou encore le vallon du Roc, sous le versant sud du Ciarforon, perdu et mystérieux.
Le Gran Paradiso n’est donc pas seulement une pointe: il est plus exactement un massif, qui s’étend sur un territoire fascinant, riche en paysages variés, parfois doux comme au Nivolet, parfois sévères comme dans le vallon du Trajo, touché il y a quelques années par un éboulement effrayant.
Les rencontres avec la faune
Pour animer les paysages, ce sont ensuite les chamois, les isards et d’autres espèces typiques de la faune alpine qui s’illustrent.
Il peut arriver de croiser le renard, qui ose souvent s’approcher de façon inattendue dans l’espoir de dérober une tranche de salami, ou d’être entouré par deux hermellins qui se poursuivent, ou d’être presque pris à revers par le passage silencieux et inquiétant du gypaète barbu.
Le Gran Paradiso et l’Histoire
Le Gran Paradiso n’est pas uniquement une montagne : ses sentiers ont souvent été traversés par l’histoire.
Il arrive ainsi que, en montant au mont Arzola dans la vallée de Soana, on puisse observer de rares incisions rupestres spiraliformes, tandis que la présence des Salassi dans la vallée de Cogne était une réalité déjà à l’époque romaine, lorsque la population belliqueuse échangeait le fer avec les envahisseurs.

Dans les siècles qui suivent, justement la présence des gisements de fer du mont Creya conditionnera le développement de Cogne, posant les bases de son essor touristique d’après-guerre.
Au XIXe siècle, c’est aussi la présence de Vittorio Emanuele II, le roi-chasseur, qui a conditionné la vie des lieux: les anciennes routes royales forment aujourd’hui de magnifiques sentiers muletiers et les anciennes maisons de chasse, comme Orvieille, constituent des destinations de randonnée intéressantes.
En Valsavarenche enfin, durant les terribles années de la guerre partisane, les routes de Federico Chabod, futur premier président de la région autonome, et d’Emile Chanoux, martyr et héros de la Résistance valdôtaine, se sont croisés.
Les itinéraires
Le Gran Paradiso est le Parc National en titre et en réalité.
La confirmation se déploie en parcourant les deux itinéraires décrits ici, parmi les plus représentatifs de la zone protégée.
L’ascension jusqu’au refuge Federico Chabod offre une belle vue sur le Gran Paradiso, côté nord-ouest, tandis que le second parcours offre aux cabanes de magnifiques points de vue sur les sommets des Apostoli, la Roccia Viva et la Becca di Gay, ainsi qu’une partie du glacier de Tribolazione.