Il existe des livres qui, lorsque vous les ouvrez, vous ne souhaitez plus les refermer.
Un sens d’attachements est si fort que chaque page nous procure un plaisir intense. Le livre de Michel Codaccioni en est un. Il a mené une étude, ou plutôt une enquête, sur l’« Énigme de Sainte Restituta », titre du livre publié par Albiana. Michel Codaccioni, comme journaliste de métier (il a dirigé la radio publique en Corse, puis la télévision France 3 Corse), enquête avec précision cet énigme séculaire qui a nourri la dévotion en Balagne. Il travaille aussi comme historien en ramenant dans sa réalité la persécution des chrétiens de l’Empire romain par Dioclétien, dont Restituta fut la victime.
Restituta est probablement la sainte la plus vénérée de Balagne, notamment dans le village de Calenzana, où ses reliques sont conservées. Une dévotion qui ne s’est pas affaiblie pendant 1600 ans, alors que cette piété reposait uniquement sur une légende. L’histoire du martyre de Sainte Restituta et de ses cinq compagnons, survenu le 21 mai 304 sur la plage de Calvi au IVe siècle, était pratiquement inconnue. La légende évoquait un sarcophage finement sculpté dans le marbre blanc, enterré dans le cimetière du village et contenant les reliques de la Sainte. Mais la voix populaire, transmise de génération en génération pendant des siècles, indiquait une sépulture officielle dans une chapelle voisine du village.
L’énigme sera éclaircie, et la légende confirmera la réalité grâce aux fouilles archéologiques menées clandestinement par le chanoine José Alberti, originaire du village et nommé curé de Calenzana en 1949.
C’est cette histoire fascinante que Michel Codaccioni nous raconte dans son livre préfacé par le cardinal Bustillo, qui écrit notamment: « à la fin de ce voyage, nos questions se trouvent rassurées, nos espoirs renforcés et notre foi encouragée ».
Le Père Alberti, afin de créer une œuvre de vérité, entreprit clandestinement à partir de 1950 des travaux visant à profaner l’autel qui, disait-on, contenait les reliques de la sainte et de ses cinq compagnons. Au début, il scavait seul, puis avec l’aide de quelques amis. Il s’adressa à l’époque au évêque, Monseigneur Llosa, qui comprit tout de suite que l’initiative clandestine pouvait conduire à un résultat positif, mais demeurait risquée. La fouille archéologique ne peut être entreprise sans l’autorisation de l’administration. L’évêque, toutefois, donna officieusement son approbation au Père Alberti. La découverte en 1910 d’un vieux parchemin oublié dans les archives de la Bibliothèque Vaticane confirme l’existence d’une sépulture décrivant un sarcophage artistement sculpté dans le marbre blanc contenant les reliques du Saint. Ce codex 6933, un manuscrit daté du XIIe siècle, qui présente néanmoins de nombreuses erreurs historiques, révèle “des points en commun avec la tradition orale de Calenzana”.
« Ce livre, écrit Michel Codaccioni, nous porte à travers le labyrinthe de ce voyage incroyable et pourtant totalement authentique. Ma première source d’informations est aussi précieuse qu’unique: elle provient des confidences personnelles directes du Canonico Alberti, partagées lors de nos nombreux échanges amicaux au cours des dix dernières années de sa vie, jusqu’en 1992 ».
La ténacité mais aussi la foi active du Père Alberti porta ses fruits. Le 3 mai 1951, à 14h30, le sarcophage apparut enfin dans toute sa splendeur. Les restes mortels furent même datés au carbone 14 et confirmèrent ce que rapportait la légende. Ils correspondent exactement à la période de la vie de Sainte Restituta et de ses compagnons.
Un livre fascinant illustré de nombreuses photos, témoignages d’une aventure accomplie par un prêtre audacieux qui, d’une certaine manière, a uni le ciel et la terre, exhumant la légende de Sainte Restituta pour la restaurer dans une réalité de foi.
Avec son œuvre sur l’énigme de Sainte Restituta, complète et documentée, Michel Codaccioni ajoute à l’histoire religieuse de Balagne et de la Corse une histoire importante qui était restée enfouie jusqu’à aujourd’hui et est désormais connue de tous. À partir de ce moment-là, la dévotion populaire ne sera plus le fruit d’une légende incertaine, mais une communion avec une vérité historique.